• Purge de Sofi Oksanen


    Shrewsbury, English Bridge


    Auteur : Sofi Oksanen
    Titre original : Puhdistus (finnois)
    Traducteur : Sébastien Cagnoli
    Date de publication : 2008 (traduction française : 2010)
    Editions : Le livre de poche
    Pages : 430
    Mon avis

    * Quand ceux qui rentraient des camps arrivèrent et s'installèrent pour une nouvelle vie, elle les reconnut parmi les autres gens. Elle les reconnut à leur regard obscurci, le même qu'ils avaient tous, les jeunes comme les vieux. Elle les évitait dans la rue, de loin déjà elle les évitait, et elle avait peur avant même de tourner la tête. Elle avait peur avant même de tourner la tête. Elle avait peur avant même de réaliser que c'était l'odeur du camp qu'elle voyait dans leurs yeux. Elle était toujours dans leurs yeux, la conscience du camp.*

    1992, fin de l'été en Estonie. L'Union soviétique s'effondre et la population fête le départ des Russes. Sauf la vieille Aliide, qui redoute les pillages et vit terrée dans sa ferme. Lorsqu'elle trouve Zara, une jeune femme meurtrie, en fuite, que des mafieux russes ont obligée à se prostituer à Berlin, elle hésite à l'accueillir. Pourtant, une amitié finit par naître entre elles. Allide aussi a connu la violence et l'humiliation... A travers ces destins croisés pleins de bruit et de fureur, c'est cinquante ans d'histoire de l'Estonie que fait défiler Sofi Oksanen.
    Lorsque je termine un livre, je me mets généralement très rapidement à rédiger ma chronique et, que je l’aie apprécié ou pas, j’ai toujours de nombreuses choses à dire. En ce qui concerne Purge, de Sofi Oksanen, c’est tout différent. J’ai terminé ma lecture il y a quelques temps, mais je ne sais toujours pas réellement ce que j’en pense. Est-ce que je l’ai aimé ? Sans doute. Etait-ce un coup de cœur ? Certainement pas… Mais pourquoi ? Voilà une très bonne question.
    Ce qui est sûr, c’est que ce roman n’était pas réellement ce à quoi je m’attendais. Et alors, qu’espérais-je y trouver ? Je ne le sais pas non plus. J’ai apprécié cette lecture sous plusieurs aspects, mais je n’en reste pas moins indécise, probablement en grande partie à cause de la fin.
    L’action se déroule en Estonie, dans la ferme de la vieille Aliide. Elle découvre une jeune fille dans sa cour et, bien malgré elle, l’accueille chez elle. Elles feront connaissance et découvriront qu’elles ont bien plus en commun que ce qu’elles pensaient.
    Forcément, dans un tel roman, le contexte est très important. L’Estonie est un pays à l’histoire compliquée, qui a passé des mains des communistes à celles des capitalistes (et inversement) à plusieurs reprises. Pour nous faire connaître cinquante ans d’histoire, l’auteure se sert de son personnage principal, Aliide. La première partie est consacrée au présent (1992) et à sa rencontre avec la jeune Zara, mais par la suite, elle se souviendra de son enfance, dès 1936, et des périodes troublées qu’a traversées son pays. L’histoire est divisée en chapitres très courts, oscillant entre le présent des personnages et leur passé. Heureusement, les lieux de l’action, ainsi que les dates, sont indiqués au début à chaque fois, de manière qu’on puisse s’y retrouver facilement. Il y a toutefois un élément qui m’a gênée dans cette division : la petite phrase en italique, sous les indications temporelles, qui résume en quelque sorte ce qui va suivre. En effet, je n’en vois pas réellement l’utilité et je trouve qu’elles gâchent un peu la surprise de ce qu’on va lire.
    En ce qui concerne l’histoire en elle-même, elle est très intéressante, car les deux femmes ne se connaissent pas et ont pourtant un passé qui va les rapprocher. J’ai apprécié le voyage dans leurs pensées qui nous est offert, et le fait que l’une et l’autre ne se font pas réellement confiance. Ainsi, le lecteur en sait plus que les personnages, et ce décalage m’a beaucoup plu.
    J’espérais en apprendre beaucoup sur les événements historiques de l’Estonie, et je dois avouer être un petit peu déçue à la fin. Je n’avais pas de connaissances préalables, ce qui fait que j’ai eu du mal à comprendre qui était dans quel camp et ce qui se passait réellement au début de l’histoire. Après avoir fait quelques recherches personnelles, j’ai mieux saisi le déroulement de l’intrigue, mais je trouve que les explications sont un peu trop compliquées pour ceux qui ne s’y connaissent pas. Heureusement, il y a un résumé chronologique à la fin du roman, qui résume toutes les étapes importantes et explique en bref ce qu’il faut savoir pour apprécier pleinement l’histoire.
    Je me suis prise d’affection pour Aliide, alors que j’aurais voulu la détester pour ses actes passés. A mesure que j’en apprenais plus sur elle, je la trouvais plus attachante et j’essayais de me représenter à sa place et d’imaginer ce que j’aurais pu faire dans sa situation. C’est un personnage étrange, et ce n’est qu’au fil des pages que l’on comprend mieux ses agissements. Du côté de Zara, bien que je l’aie appréciée également, j’aurais voulu qu’elle soit un peu plus développée, car on en sait finalement relativement peu à son sujet.
    Si la première partie m’a paru compliquée – probablement à cause de tous les aspects politiques – la suite du roman m’a beaucoup plu et j’ai apprécié le style de l’auteur, mélangeant les registres, incluant des métaphores et des images. Les quelques lettres glissées dans le récit m’ont aussi plu, car elles mettaient en scène un autre personnage que l’on ne rencontre pas directement.
    Ce qui m’a le plus dérangée, toutefois, c’est la fin, et c’est sans doute pour cette raison que j’ai des difficultés à donner mon avis sur ce roman. En tournant la dernière page, je me suis demandé si j’avais raté quelque chose. J’ai repris les derniers chapitres, relu le tout… sans trouver de réelle réponse à mes questions. Ce livre peut-il réellement se terminer ainsi, de manière aussi simple et anodine ? Je ne voulais tout simplement pas y croire. Et surtout, quel est le but de la cinquième et dernière partie, composée uniquement de lettres et de rapports de la police secrète ? Je pensais que j’avais bien saisi les intrigues politiques du roman, mais là, j’ai été perturbée et j’avais l’impression de ne plus comprendre et d’être passée à côté de quelque chose durant toute ma lecture.
    Malgré cette dernière note plutôt négative, Purge reste un roman qui vaut la peine d’être lu et qui mérite ses excellentes critiques. Les personnes ayant quelques connaissances historiques de l’Estonie prendront sans doute plus de plaisir à la lecture, car les aspects politiques sont importants dans ce livre et parfois compliqués à comprendre. La plume de l’auteur (de même que sa traduction) est agréable à lire et l’histoire très touchante nous donne un aperçu d’une période troublée vécue par ce petit pays. Un livre que je recommande à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à d’autres cultures, mais pas à un public trop jeune car certaines scènes sont violentes et crues, et les thèmes abordés – tels que le mensonge, la peur… – sont sérieux.


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